À une époque saturée par des images indéfiniment reproductibles, Catherine Gran propose une étrange archéologie de l'imaginaire collectif. Présenté en ligne par la PM Gallery en collaboration avec Artsy.
XX Century Necropolis se déploie comme une exposition numérique de dix jours au cours de laquelle un dessin est révélé chaque jour, transformant le rythme du visionnage en ligne en un rituel de fouille et de recueillement.
Vous pouvez retrouver les œuvres chaque jour sur notre compte Artsy :
https://www.artsy.net/viewing-room/pm-gallery-mass-cult-necropolis
La série de Gran, exécutée à l'encre sur papier, aborde les grandes icônes de la culture populaire du XXe siècle non pas comme des protagonistes vivants, mais comme des reliques entrant déjà dans le domaine de l'histoire. Batman, Barbie, Mickey Mouse, Pac-Man, Tintin, Mario, Superman, Princess Peach, Captain America et le Stormtrooper anonyme réapparaissent ici sous forme de monuments funéraires, de mémoriaux abandonnés ou de ruines envahies par la végétation. Leurs récits ont pris fin ; ce qui subsiste, ce sont des traces, des symboles, des infrastructures et des débris.
Plutôt que de célébrer la nostalgie, Gran examine les mécanismes par lesquels la culture de masse survit au-delà de son époque d'origine. Ses dessins suggèrent que les icônes populaires ne disparaissent pas, elles se fossilisent. Détachées du divertissement, du commerce et du spectacle, ces figures deviennent des objets archéologiques chargés d'ambiguïté : à la fois intimes et collectives, comiques et solennelles, absurdes et sacrées.
Le titre de l'exposition évoque délibérément à la fois le cimetière et le musée. Gran traite la mythologie du divertissement de masse avec la gravité visuelle traditionnellement réservée à la peinture d'histoire ou à la sculpture commémorative. Ses hachures méticuleuses transforment l'imagerie des dessins animés, les systèmes de jeu, les emblèmes patriotiques et les symboles cinématographiques en compositions monochromes denses d'une remarquable présence matérielle. La pierre, le feuillage, le métal, la fumée, les plumes et l'ornement acquièrent sous sa main une importance égale. Le résultat n'est ni une parodie ni un hommage, mais une forme de stratigraphie culturelle. La manière dont l'absence structure la série est particulièrement frappante. Superman ne survit qu'à travers des vestiges domestiques empilés comme des reliques votives. Captain America se dissout dans un décor patriotique. Mario persiste sous la forme d'un réseau de tuyaux et de conduits dépouillé de toute action. Pac-Man apparaît fossilisé au sein d'une stèle funéraire gravée "Game Over". Même Barbie, peut-être l'icône par excellence de la perfection manufacturée, s'effondre dans le deuil sous des arbres d'hiver. Gran retire à plusieurs reprises le corps héroïque afin de mettre à nu la machinerie symbolique qui l'entoure.
Si le XXe siècle a produit son propre panthéon, XX Century Necropolis en imagine l'au-delà.
Diffusée progressivement du 10 au 20 mai, l'exposition adopte la logique temporelle de la culture sérielle tout en la ralentissant. Chaque œuvre apparaît seule pendant vingt-quatre heures, encourageant une contemplation soutenue plutôt qu'un défilement infini. Dans cette cadence mesurée, la nécropole de Gran se déploie moins comme une exposition en ligne que comme une suite d'épitaphes. La série soulève en définitive une question plus large : que deviennent les mythes collectifs une fois que la croyance s'est estompée ? Gran n'apporte pas de réponse définitive. Au lieu de cela, elle construit un cimetière où le divertissement, la mémoire, le consumérisme, l'enfance, le nationalisme et le fantastique coexistent en une fragile suspension - monumentalisés, en décomposition et étrangement vivants.

