Chacune des sculptures de Nina Khemchyan invite à la méditation silencieuse. À travers des formes essentielles et des motifs universels, elle engage le spectateur à ressentir à la fois la matière et le temps.

Depuis 2000, Nina façonne des sphères d'argile sur lesquelles, en incisant la surface brute, elle grave des figures féminines et masculines. Ancrés en apparence dans le présent, ces personnages se voient divinisés, occupés au plaisir de s'épanouir tout en ondulant. Si les visages semblent contemporains, leur temporalité rappelant les dessins de Jean Cocteau, l'artiste les projette dans des lieux où la joie triomphe et où la nudité innocente renvoie à une terre oubliée : le royaume de Vénus.

 

À ces scènes de genre, qui évoquent une forme de plénitude baudelairienne où tout n'est que « luxe, calme et volupté », s'ajoute une dimension décorative qui explore la géométrie, un « découpage » primitif, presque pariétal, du support. Le mouvement des chevelures entrelacées suit le rythme même de la sphère au moment où l'artiste imagine ce joyeux déploiement, souvent teinté d'un humour et d'une malice qui font écho à la personnalité même de l'artiste. L'effet polychrome des aplats d'oxydes métalliques confère à l'objet fini un caractère presque spatial, situant chaque scène à l'intersection du réel, du présent et de l'irréel, à la fois sensible et mémoriel.

 

Son univers est souvent perçu comme méditerranéen, un lien probablement lié au riche patrimoine et à l'environnement naturel de l'Arménie, mais il s'enracine également dans des cultures plus anciennes, telles que celle de l'Antiquité grecque.